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Van Hove

Galerie Alain Blondel du 04/03/1993 au 07/05/1993

 


Affiche de l'exposition 1993



_______________________________EXTRAITS DE PRESSE_______________________________


- JUGEMENT DE VALEURS, F. van Hove, 8 mars 1993

Les années passant, je me suis rendue compte que j'étais tributaire des saisons pour le choix de mes sujets. Des saisons ou, plus exactement, du fait qu'à certaines époques de l'année, je suis tentée de peindre des scènes et des attitudes détendues. C'est le cas de "Tête-bêche" où les deux personnages, l'un peint, l'autre dessiné, semblent flotter dans la lumière, ou de "La Nappe de Claire", dont la composition en guirlande d'attitudes est pour moi encore plus typiquement estivale.

Tous mes personnages sont étudiés de la même façon, avec un modèle posant seul, à qui je demande invariablement un attitude "intéressante", et dont je fais toujours un ou plusieurs dessins au crayon avant de m'attaquer à la toile. Mais justement, c'est cet "intéressant" qui varie selon le moment de l'année.

Chacune de ces attitudes vaut en elle-même et pourra constituer un sujet de tableau, ce dont on se rend facilement compte quand on la retrouve isolée à la faveur d'un recadrage photographique pour être reproduite comme un détail sur un affiche ou dans un livre. Mais il n'en reste pas moins qu l'essentiel du propos formel à la belle saison est la guirlande de gestes: des mains tendues, des têtes penchées, des bras arrondis ou pliés, des dos, des corps qui conjuguent leu lignes et leurs volumes pour offrir, à l'œil du spectateur, un maximum de possibilités d'itinéraires à la fois bouclés et déliés dans les limites strictes du tableau.

Le beau temps favorise l'augmentation des toiles en surface ou du moins en largeur, tout simplement parce que la lumière pénètre plus profondément mon atelier, qui n'est pas un vrai atelier d'artiste, avec une verrière en guise de plafond, mais un ancien appartement avec des portes fenêtres distribuant la lumière plus chichement, à l'approche de l'hiver. Le mauvais temps m'oblige à rapprocher chevalet et modèle des fenêtres. Alors j'utilise des formats plus réduits, et je me mets instinctivement à rechercher ce qu'on pourrait appeler des foyers. Ce peut être une tasse de thé qu'on serre dans ses mains, avant de boire, rite obligatoire, ou un verre de vin qu'on presse contre son front, ou une cafetière. C'est souvent, surtout, le nœud de l'attitude elle-même, un centre non forcément matérialisé, contrairement à ce qui se passe avec une tasse de café.

Dans le tableau intitulé "Dormir", le nœud de l'attitude se situe à la jonction des deux pouces de la jeune fille. A moins que ce ne soit dans les plis de son cou, derrière son épaule, ou sur sa paupière droite. Ou ailleurs encore. Au spectateur de décider, en fait. Car deux choses sont sûres, en l'occurrence, à mon avis du moins: il y a un centre, et la position de ce centre varie selon le spectateur, son expérience de la vie et sa sensibilité, quand ce n'est pas tout simplement son humeur du moment.

Dans certains cas, avec "le Nez dans l'Oreiller" par exemple, je dirais volontiers que le centre est presque tout le tableau. Alors que dans "Manger une pomme", ce sont les mains serrées" en noyau autour du fruit. A moins que ce ne soit la gorge, ou la bouche entrouverte, ou...

Dans "Les Yeux dans les yeux", j'ai eu envie de rendre ce genre de recherches plus complexe et plus riche, en nous mettant, le spectateur et moi, exactement à la place d'un modèle qui se regarderait dans un miroir à trois pans. En résulte un ensemble unitaire de trois tableaux de petites dimensions, trois variantes de la même attitude, se présentant comme une sorte de triptyque, où l'impression de concentration se trouve renforcée par la convergence des points de vue.

J'ai, à la limite, l'impression d'un effet direct de la lumière du jour sur mes toiles. Qu'il fasse du soleil et que le temps promette de rester au beau fixe pendant quelques semaines: alors ma toile s'épanouit presque d'elle-même. Que les jours raccourcissent, et c'est le mouvement inverse de repliement intimiste.

- ARTS ACTUALITÉ MAGAZINE, Guy Vignoht, mars 1993

VAN HOVE: Le règne féminin des énigmes

Francine Van Hove a dit se classer dans un certain réalisme plein de petits mensonges. Ils sont difficiles à déceler. Depuis qu'elle expose, c'est-à-dire depuis 1971, nous pénétrons dans ses intérieurs simples aux personnages isolés dans l'intimité et l'attente. Voici le mot qui depuis vingt ans accompagne le geste : l'attente devant le jeu de dames, l'attente près de la porte, l'attente du fruit défendu et de la coupe aux lèvres, l'attente du corps féminin lascif à l'heure du farniente, l'attente de la page à suivre dans le livre refermé. Son travail est loin du surréalisme ou de l'hyperréalisme. Il n'est pas cérébral. Il est amoureux de la figuration comme il est amoureux des femmes auxquelles Van Hove s'identifie. Elle les dessine d'abord, comme dessinait Carpaccio ou Piero della Francesca. Et pendant deux à trois mois, avec
ses quatre à six modèles, elle cherche, dit-elle, « l'intérêt esthétique d'un geste de tous les jours ou d'une attitude aux résonances antique ». Puis elle reporte le dessin sur toile en suivant les leçons les plus classiques: tous de sépias légères, puis la couleur posée par couches fines en accrochant la lumière sur les corps, sur les fruits, cette lumière filtrée, dorée, argentée, subtile jouant avec les reflets, les ombres. Et toujours une sensualité suggérée et non dite. Celle d'une main dans la chevelure en souvenir d'un bel été, à l'heure où deux chats regardent, étonnés, cette prière de souvenirs dans le règne des énigmes.