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Je ne sais jamais exactement ce que je vais peindre avant de me lancer. Mes idées de départ, qui sont des idées d'attitudes la plupart du temps, sont toujours assez vagues. Je les précise en faisant des essais avec mes modèles et en dessinant d'après elles. Puis, après plusieurs études préparatoires au crayon, vient le moment de choisir non seulement une seule attitude, mais un seul angle également. Et c'est toujours frustrant, car cette jeune fille que je vais représenter de dos et à contre-jour, par exemple, est belle aussi de trois-quarts et de face et éclairée différemment. Comment, tout en s'arrêtant finalement à une seule vue, ne pas se priver du plaisir des autres ? Dans le passé, je m'en suis souvent sortie en associant, sur la même toile, mon personnage féminin avec les dessins que j'ai faits d'elle au cours de nos recherches antérieures communes. J'ai également recouru à ce thème qui nous a été légué par la tradition classique : " femme se regardant dans un miroir " et offrant, en plus de sa réalité plastique, un reflet de son visage ou de son corps. Cette fois-ci, j'ai davantage eu envie de tourner autour d'elles en utilisant un de ces miroirs à trois pans qu'on accroche généralement au mur de la salle de bains et que j'ai préféré poser sur une table pour obtenir une plus grande variété d'angles. Puis j'ai eu l'idée d'aller plus loin dans l'expérience avec un miroir en pied, un triptyque à armature en laiton chromé datant des années 30 et déniché aux Puces de Clignancourt. Dans une telle configuration, ce n'est plus une seule position des parties du corps, du torse, de la tête et des membres qu'il faut régler, mais une combinaison de deux à huit attitudes, sachant que les miroirs se reflétant les uns dans les autres renvoient du modèle des images si différentes et parfois si improbables qu'on a l'impression d'étrangères s'interrogeant du regard les unes les autres ou même de ballets. Ce à quoi s'ajoute encore le scintillement des effets kaléidoscopiques produits par les biseaux de mes petits miroirs ou les parties métalliques de mon grand triptyque. La peinture essayant d'imiter la sculpture ? Non, dans la mesure où, dans la tradition classique à laquelle j'appartiens par formation et dont j'essaie de faire fructifier l'héritage, le dessin a développé une fois pour toutes sa propre façon de rendre l'espace et les volumes. Le paradoxe de la représentation d'êtres, d'objets et de lieux en trois dimensions sur une surface qui n'en a que deux fait intimement partie du plaisir spécifique qu'on trouve dans l'art figuratif, soit comme spectateur, soit comme peintre. C'est en tout cas la recherche de ce plaisir qui m'a guidée dans ma série de tableaux avec miroirs.
Francine Van Hove
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