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_______________________________EXTRAITS DE PRESSE_______________________________
- VALEURS ACTUELLES, Maurice Cottaz, février 1986 : Van Hove. Sérénité quasi intemporelle. Sa maîtrise du procédé pictural lui permet d'exprimer par les moyens les plus classiques, et avec une apparente simplicité, les sentiments de créatures qu'une beauté et une sérénité quasi intemporelles ne soustraient pourtant pas aux tourments du siècle.
- FRANCINE VAN HOVE, PEINTRE DE FEMMES
Par Theodore Zeldin
Si je suis allé voir Van Hove, c'est que je désirais comprendre pourquoi une femme consacre presque toute sa vie, depuis quinze ans, à ne peindre que des femmes. J'étais curieux de savoir comment une artiste vivant à Paris, foyer de l'avant-garde, pouvait peindre dans un style apparemment aussi classique. J'ai découvert qu'elle était plus qu'un peintre de scènes d'intérieur sereines. Le sujet de son art est la communion avec soi-même et la connaissance de soi-même. Comment peint-on cela ? Comment peindre la pensée ? Le plus célèbre penseur de l'histoire de l'art, une sculpture de Rodin, nous livre peu d'indications sur ce à quoi il est en train de penser. Van Hove a trouvé une autre voie, et là est la clé de son originalité. Ses peintures traitent de ce qui se passe dans l'esprit de jeunes femmes qui prennent des attitudes qu'elles ne prendraient pas en public, et ces attitudes sont le sujet de leurs silencieux entretiens intérieurs. Ce qu'elles pensent a un intérêt à la fois actuel et universel. [ ... ]
Plutôt que des allégories, des fantasmes, des symboles, Van Hove peint des corps avec une extraordinaire exactitude. Ce qui la préoccupe, c'est la relation entre corps et esprit, les possibilités de découverte de soi-même offertes par le corps. Comment elle-même meut son corps, comment elle se tient, comment elle place ses membres dans une position ou une autre : tels sont les gestes qu'elle analyse pour découvrir ce qui peut susciter un sentiment d'harmonie intérieure, ou reconnaître une pose juste ou révélatrice. Ses tableaux ne traitent pas du seul sentiment d'être bien dans sa peau, mais d'être bien aussi avec ses os, avec ses muscles, et surtout de savoir pourquoi. Aussi, au lieu d'essayer de libérer l'imaginaire comme l'ont fait les Surréalistes, elle a essayé de concentrer l'imagination sur un seul mystère : l'accord parfait avec son corps.
Les femmes qu'elle peint sont presque toujours à demi dévêtues, et cela pourrait nous amener à voir dans son uvre une contribution à l'un des thèmes majeurs les plus anciens de l'art occidental : le nu féminin, d'autant plus qu'il y a incontestablement dans la représentation qu'elle en donne, un élément d'idéalisation, une recherche du beau idéal. Mais l'art du nu a toujours été dominé par un intérêt érotique qui, chez Van Hove, n'est pas une préoccupation majeure. L'Odalisque d'Ingres, dans le harem où elle attend le bon plaisir d'autrui, est un objet sexuel plein de langueur romantique. Si Van Hove utilise le même titre pour un de ses tableaux, c'est en manière de plaisanterie : son Odalisque s'est mise à lire après avoir pris un bain pour son propre plaisir; le dos de la jeune fille est montré comme un entrelacs de muscles jouant dans la lumière, et c'est tout. C'est la peinture d'une jeune fille moderne, qui s'est drapée dans une serviette parce que c'est ainsi qu'elle se sent bien.
Van Hove n'essaie pas d'illustrer les grands thèmes traditionnels du nu : fertilité, émotion, extase, humilité, énergie, ou simplement harmonie des proportions du corps. Ce n'est pas par hasard qu'elle ne peint pas d'hommes, car c'est sur elle qu'elle s'interroge. Les femmes de ses tableaux, c'est elle - non dans leurs traits, mais dans les attitudes et les postures qu'elles adoptent. Elle se sert de modèles non seulement pour pouvoir peindre des nez, des yeux qui lui plaisent, peut-être davantage que les siens, mais aussi pour faire des expériences avec des gestes, découvrir ce qu'elle aime dans un geste et en créer de nouveaux sur les suggestions de ses modèles. Ses tableaux sont des miroirs qui font plus qu'offrir une image familière: ils incitent à la méditation. [ ... ]
Ce que Van Hove analyse, c'est le côté physique de l'existence, ces actes simples que chacun accomplit tous les jours : s'asseoir, lire, dormir, tendre une main, se sécher les cheveux, boire une tasse de café, au milieu d'objets ordinaires. Les femmes de Van Hove posent cette question : qu'est-ce que cela signifie d'avoir un corps ? Et d'où vient la beauté physique ?
La question n'est pas: qu'est-ce qui rend ces femmes belles aux yeux des hommes ? Il n'est pas sûr que Van Hove peigne pour eux. Ses sujets se promènent en partie dévêtus parce que c'est de cette façon qu'ils aiment vivre. Ses tableaux représentent tous des femmes qui se sentent bien chez elles, et qui s'attachent aux objets faisant partie de leur vie quotidienne, comme les banquettes du métro que Van Hove a peintes à plusieurs reprises, en prenant un soin extraordinaire à leur exactitude. Son message est ce qu'elle dit presque malgré elle, ce qu'elle ne peut s'empêcher d'être, car elle n'a rien d'une idéologue, elle ne souhaite pas convertir. Ses peintures sont celles d'un monde silencieux, car c'est avec elle-même qu'elle converse, en une rêverie intérieure dont l'intérêt tient au fait que ses questions sont aussi celles de beaucoup d'autres femmes.
Alors, s'agirait-il d'un art de femmes ? Sans doute est-il question de femmes, mais on ne peut dire que les problèmes abordés sont de ceux que les hommes sont incapables de comprendre, ou qu'ils peuvent négliger. Il ne fait aucun doute que cette peinture rejette l'idée qui a prévalu pendant des siècles et selon laquelle les artistes femmes ne pouvaient s'épanouir qu'en suivant les traces des hommes, ou en devenant leurs assistantes. Il y a eu beaucoup de femmes artistes talentueuses dans le passé qui ont été tout à fait oubliées par l'histoire, faute de s'être rebellées, car le grand art implique toujours la rébellion, [...]
Le paradoxe de l'art apparemment sensuel an Hove est qu'il invite aussi à réfléchir la nature de la sensualité. Et là est une autre raison de considérer qu'on se trouve en présence d'un art bien de notre temps, soumettant la tradition et la condition humaine elle-même à un rigoureux examen critique tout en prenant plaisir à leur appartenir. Art indépendant, mais sans agressivité.
- LE QUOTIDIEN DE PARIS, Jean-Jacques Lévèque, 27 mars 1986
Le corps est une étonnante machine dont Van Hove ne se lasse pas depuis bientôt dix ans détudier la mécanique complexe. Non guidée par la fusion interne des fantasmes qui mobilisent lâme autant que la chair, mais en scrutant le jeu savant de la musculature, la souplesse et léclat de la peau, léquilibre du volontarisme qui guide le tout. On est loin des fantasmagories surréalistes et dun Balthus dont on serait tenté de la rapprocher, ne serait-ce quen raison dune dominante féminine qui est toujours distillatrice dénigme autant que de grâce.
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