Francine Van Hove

Van Hove, Peintures récentes

"Galerie Alain Blondel" du 11/03/1999 au 30/04/1999

_______________________________EXTRAITS DE PRESSE_______________________________


- UNIVERS DES ARTS, Guy Vignoht, avril 1999

Du 11 mars au 8 mai, Francine Van Hove nous enchante par l'épiderme de ses femmes, par leurs regards de lumière, leurs intimités nacrées et suggérées : c'est l'heure où l'on touche le bouton, d'une robe bien sûr. La lumière du soleil est prohibée, et Van Hove, jeune et belle femme au glamour certain, peint dans l'intérieur de l'atelier comme le fit Balthus, sans s'accrocher à aucune théorie. Un climat rare, des mises en scène aux allégories à peine voilées, dans des silences évocateurs, des harmonies à l'heure du farniente, une épaule, une joue, une chevelure, une carnation, le tout peint avec science, intelligence, tendresse...
Vari Hove est un grand talent: ses rêveries actives, ses poussées vers l'apparent inconscient, suscitent toujours l’admjration en un temps ou l'art des poubelles est exposé plus officiellement ailleurs, A deux pas (lu Centre Beaubourg, la Galerie Blonde], depuis plusieurs années, présente l'indicible fascination de cette femme peintre, femme avant tout, et peintre avant tout dans la Beauté partagée.

- ART ACTUEL, Isabelle de Maison Rouge, MAI 1999

Femmes seIon Van Hove

Une femme qui ne peint que des femmes: Francine Van Hove est désormais aux portes qui mènent à la consécration internationale. Souvenirs de moments heureux, « plaisirs minuscules », peinture à l'huile de nus féminins à la fois classiques et déroutants, modèles dans l'air du temps. Elle revisite le corps de la femme avec le regard de notre siècle. Avec son art très raffiné, elle concilie plaisir et éternité.
Francine Van Hove est assurément l'héritière de la peinture hollandaise de la grande époque : ses toiles, des « scènes de genre », jouent sur le mode intimiste. On y voit de grandes femmes à la pâleur et à la charpente des femmes du Nord. La lumière froide glisse lentement sur ces peaux laiteuses et accentue le réalisme des détails des objets : la porcelaine d'une théière, le damas d'une nappe immaculée, le livre ouvert... Tout cela évoque de manière irrésistible l'atmosphère qui règne dans les tableaux de Metsys, Pieter de Hooch ou Vermeer. Il n'est question que de la vie de tous les jours et de la beauté de ces gestes-là. Chez les grands peintres flamands comme chez Van Hove, on perçoit une ambiance calme et détendue, sans tension ni accélération du temps. De là découle le charme de la peinture de Van Hove. Bien sûr, l'artiste a conscience des atrocités et des dérives du monde extérieur; mais, simplement, elle a décidé de les occulter, pour ne montrer que ces instants de bonheur tranquille qui sentent bon la tasse de thé ou la confiture faite maison. Ici, on prend le temps de goûter le plaisir de ces « petits riens ». Ces peintures fonctionnent de la même façon que la « madeleine de Proust », elles évoquent des souvenirs de moments heureux, de vacances à la campagne, d'instants hors du temps où le bonheur de la convivialité l'emporte sur tout. C'est sans doute ce qui plaît, ce qui explique le succès de cette peinture auprès d'un large public. On retrouve ici le phénomène qui fit il y a peu en littérature le succès de Philippe Delerm et de sa « première gorgée de bière », modeste apologie des « plaisirs minuscules ». Francine Van Hove a reçu une formation de dessin très classique mais, en matière de peinture, elle se considère comme autodidacte. Il lui a fallu trouver seule, inventer. Et sa technique est éblouissante, à mi-chemin entre hyperréalisme dans le rendu des détails (à la limite du trompe-l'oeil) et classicisme dans celui des matières. Jamais elle ne travaille à partir de photographies mais toujours d'après modèle. Sa première approche consiste en une série de dessins sur format raisin (50x65cm) qu'elle réalise horizontalement sur un carton à dessin posé sur ses genoux. Puis elle fixe au mur ses études pour les garder sous les yeux et commence sa toile par ce qu'elle appelle le « point névralgique », souvent un visage. Elle décide, alors, de la composition.
Elle aime la peinture à l'huile parce que celle-ci sèche lentement. C'est tout cet état d'esprit que traduit son oeuvre. La lenteur du regard en relation avec la lenteur du métier, lente quête du bonheur dans la beauté d'un geste. Mais la peinture de Van Hove ne se réduit pas à cela. Il s'agit également d'une peinture de nu. Et Van hove n'hésite pas à s'attaquer à ce « morceau de bravoure »... Ses thèmes évoquent et reprennent d'ailleurs la tradition picturale de la femme à la toilette, femme au verre de vin, femme au livre... Mais ces nus sont résolument contemporains. Ses jeunes filles reflètent l'air du temps. Elles sont sportives et souples, elles indiquent par leurs postures une aisance, qu'on pourrait lire comme une liberté et une totale conscience de leur bien-être corporel. Nous sommes face à de grandes filles simples et naturelles. Rien à voir avec les attitudes d'atelier imposées dans les académies d'autrefois et dans lesquelles, d'ailleurs, les femmes artistes n'étaient pas admises. Van Hove revisite la tradition du nu féminin avec un oeil contemporain. Les postures des modèles jouent sur la lenteur, comme pour capter un moment et le fixer dans l'éternité. Elles évoquent, on l'a vu, l'idée de plaisir, mais aussi de fraîcheur, dejeunesse et de douceur.
On s'étonne de cette femme qui consacre son temps et sa vie à représenter d'autres femmes. Le monde pictural de Van Hove est, en effet, exclusivement féminin. Le plus simple pour elle est de parler de ce qu'elle connaît le mieux. C'est le rapport à l'intimité, au monde intérieur, tout ce qui fait l'énigme de la féminité, que l'artiste veut traduire. Ses femmes prennent conscience de leur existence de femme dans ces actions familières : boire, lire, dormir, rêver, s'asseoir... L'essentiel de son propos pictural tient fondamentalement, d'ailleurs, dans l'attitude,
La « règle du jeu » entre l'artiste et son modèle est très simple : le peintre propose un geste, la jeune fille « l'essaie » comme on essaie un vêtement. Ainsi chaque posture naît d'une complicité entre elles deux : elles « trouvent » ensemble. Puis, le modèle « prend » la pose. En présence d'un homme, rien ne pourrait être pareil, il naîtrait une distance, voire une gêne, en tout cas une tension que l'artiste veut éviter. On perçoit dans ces images l'ambiance amicale qui règne dans l'atelier. Van Hove n'utilise pas de modèles professionnels mais des étudiantes. Les jeunes filles succèdent aux jeunes filles. Il existe un roulement parmi elles. Quatre ou cinq modèles viennent, individuellement, poser chaque matin, tous les jours de la semaine. Ainsi, le lundi, vient Karen, le mardi Anne, le mercredi Caroline... Si l'une termine ses études et s'éloigne, elle enverra à sa place sa sœur ou une amie... Mais il arrive que certaines restent... une décennie. Pour l'artiste qui se cantonne dans son atelier, elles apportent une bouffée d'air extérieur, lui donnent des nouvelles du monde et des tendances du moment. Elles ne se rencontrent jamais, uniquement dans l'imagination de l'artiste qui les réunit pour une tasse de thé fictive et dont la toile, mystérieusement, conservera le souvenir. Cette invitation à laquelle les conduit le peintre n'existe que pour donner naissance à une composition, une véritable répétition, une mise en scène de la vie réelle et qui se joue en dehors de toute réalité, dans le monde clos de l'atelier.
Ce rassemblement de jeunes beautés laisse flotter un sentiment un peu trouble, une ambiguïté. D'autant plus qu'elles se ressemblent beaucoup entre elles : une jeunesse printannière, une peau la plus claire possible car elle doit refléter et non absorber la lumière, un corps expressif et sculptural mais sans lourdeur. Caractéristiques du visage : des pommettes hautes et saillantes, des yeux étirés vers les tempes, des lèvres épaisses et une mystérieuse inexpressivité. Elles correspondent toutes au canon de beauté idéal que Van Hove a défini. L'étrangeté se fait également sentir dans les petites toiles où n'apparaissent, à côté d'une femme seule, que les deux mains d'une autre. Une sorte de présence-absence mystérieuse. Ou encore dans ces tableaux où une jeune fille peint à même la peau d'une autre un curieux tatouage d'aile d'oiseau. On ne s'étonnera pas vraiment de certaines interprétations suscitées par l'œuvre de Van Hove... Cela trouble plus d'un homme de voir une jolie personne mettre en scène des femmes superbes à deminues dans des postures d'une telle intimité... L'hypothèse de l'obsession érotique semble toute proche, presque évidente. Pourtant, même les modèles s'en étonnent. Surprise de cette approche trop élémentaire, l'une d'elles s'interroge : « Mais, n'ont-ils pas de sœurs, pas de cousines? Je suis comme ça lorsque je suis avec mes sœurs! »
L'artiste quant à elle ne peut nier ces interprétations, elle assure pourtant qu'il n'y a aucune préméditation de sa part. L'ambiguïté existe dans la vie, pas sur la toile. Ces images ne font que rendre évident ce qui trouble dans l'existence. Elles fixent dans le temps et l'espace ces moments impalpables. Ce qui dérange, peut-être, c'est la liberté donnée à chaque « regardeur » : il lui est laissé le soin d'interpréter selon ses propres goûts ou fantasmes. Loin de ces préoccupations, Francine Van Hove, peint à son rythme, lentement (douze toiles par an). Dans l'intimité de son atelier, elle poursuit calmement le chemin qu'elle s'est tracé, sans se poser de questions...

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